Histoire de Saint-Bomer

Les origines

de la forêt sauvage aux premiers labours

Histoire de Saint-Bomer : L'époque seigneuriale

Entre l'église et le château dans la tourmente de la guerre

Au tournant du XIe siècle, le visage de Saint-Bomer change radicalement. L’ermitage primitif a laissé place à une paroisse structurée, intégrée dans le complexe système féodal du Perche-Gouët.
Cette période, qui s’étend jusqu’à la fin du XVe siècle, est marquée par l’affirmation du pouvoir des seigneurs, la consolidation de l’influence de l’Église et, enfin, les ravages d’un conflit interminable : la guerre de Cent Ans.

L'intégration au Perche-Gouët et l'ordre féodal

L’histoire seigneuriale de Saint-Bomer est indissociable de la famille Gouët. Vers 1050, Guillaume Ier Gouët réunit cinq baronnies (Authon, La Bazoche, Brou, Montmirail et Alluyes) pour former le Perche-Gouët. Saint-Bomer est alors une paroisse rattachée à la Baronnie d’Authon (surnommée « la Gueuse » en raison de la pauvreté relative de ses terres d’argile).
Le village n’est plus une île de prière isolée, mais un rouage d’une seigneurie qui doit fournir des hommes d’armes, des impôts et du travail.

Sur le plan administratif et judiciaire, le village relevait du siège royal de Janville. Une particularité notable le distingue de la majorité de l’Eure-et-Loir actuel : alors que le département dépend majoritairement de l’évêché de Chartres, la paroisse de Saint-Bomer appartenait, sous l’Ancien Régime, au diocèse du Mans. Cette influence du Maine se reflète dans sa proximité immédiate avec les paroisses sarthoises de Saint-Ulphace et de Théligny, ainsi que par le passage de la rivière Saint-Ulphace sur son territoire.

C’est à cette époque que s’érigent probablement les premières « mottes castrales », ces tertres artificiels surmontés d’une tour de bois, ancêtres des châteaux de pierre.
À Saint-Bomer, le pouvoir seigneurial se manifeste par la présence de petits fiefs et de maisons fortes. Ces seigneurs locaux, vassaux des barons du Gouët, assurent la protection des villageois en échange de redevances. La vie quotidienne s’organise autour du  du manoir seigneurial et de l’église, les deux piliers de la société médiévale.

Les épreuves de la guerre de Cent Ans et la reconstruction

Comme une grande partie du Perche-Gouët, Saint-Bomer subit les ravages de la guerre de Cent Ans. Sa position de frontière entre le Maine et le pays Chartrain l’expose aux pillages des troupes anglaises.

L’église paroissiale, initialement construite sur le lieu de l’ermitage primitif, est profondément marquée par cette période. Elle est reconstruite dans la seconde moitié du XVe siècle et au début du XVIe siècle pour réparer les dommages de la guerre. L’édifice adopte alors son plan en croix latine et ses hauts pignons caractéristiques. Cette reconstruction témoigne de la résilience de la communauté villageoise et de la petite noblesse locale après le départ des Anglais.

Le château de la Grève : siège de la puissance locale

Le centre du pouvoir seigneurial à Saint-Bomer ne se situe pas dans le bourg même, mais au château de la Grève. Avant l’édifice classique que nous connaissons, le site abritait l’ancien manoir seigneurial médiéval, situé près des sources de la Braye.

Le destin de cette seigneurie bascule au XVIIe siècle lorsqu’elle est acquise par Abel Servien (1593-1659). Homme d’État d’envergure, Marquis de Sablé et surintendant des finances sous Louis XIV, Servien fait reconstruire le château de la Grève sur un terre-plein entouré de douves. Le domaine est alors érigé en comté. Les archives mentionnent la présence de procureurs fiscaux et de notaires attachés spécifiquement au « Comté de la Grève » résidant à Saint-Bomer, soulignant l’importance administrative du fief.

L'épopée du château de la Grève

Les origines médiévales : le fief de la Grève

Le nom de « La Grève » fait référence à la nature du terrain (un sol graveleux ou sablonneux) situé près des sources de la Braye, rivière qui prend naissance sur le territoire de la commune.

Au Moyen Âge, le site abrite un manoir fortifié plus modeste, vassal de la baronnie d’Authon. À cette époque, la seigneurie est le centre administratif de Saint-Bomer. C’est ici que les paysans viennent payer leurs redevances et que le seigneur exerce son droit de basse et moyenne justice. Bien que peu de documents subsistent sur l’aspect primitif de l’édifice, la présence de douves encore visibles aujourd’hui atteste de la volonté défensive du site originel.

Le tournant du XVIIe siècle : l'ère d'Abel Servien

Le destin du château change d’envergure lorsqu’il est acquis par Abel Servien (1593-1659) au milieu du XVIIe siècle. Servien n’est pas un noble local ordinaire : il est l’un des plus grands diplomates de son temps, négociateur des Traités de Westphalie et Surintendant des finances de Louis XIV (partageant cette charge avec Nicolas Fouquet).

  • La reconstruction : Servien fait raser l’ancien manoir médiéval pour édifier le château actuel dans un style classique sobre, typique de l’époque Louis XIII/Louis XIV.

  • L’élévation en Comté : Grâce à son influence à la Cour, la seigneurie de la Grève est érigée en Comté. Le domaine devient une entité administrative puissante, disposant de son propre personnel judiciaire (procureurs, notaires) qui résident souvent au bourg de Saint-Bomer.

  • Un lieu de pouvoir : Bien que Servien réside principalement à Paris ou dans son château de Meudon, la Grève symbolise son ancrage territorial dans le Perche-Gouët, où il possède également la baronnie de Sablé.

Architecture et composition du domaine

Le château, tel qu’il se présente aujourd’hui, reflète l’élégance et la rigueur du XVIIe siècle :

  • Le logis : Le bâtiment principal est assis sur un terre-plein rectangulaire. Il se compose d’un corps de logis central flanqué de pavillons latéraux. Les façades mêlent harmonieusement le silex local et la pierre de taille pour les encadrements de fenêtres et les chaînages d’angles.

  • Les douves : Le château est toujours ceinturé de larges douves en eau, franchissables par un pont qui a remplacé l’ancien pont-levis. Ces douves soulignent l’importance du réseau hydraulique lié aux sources de la Braye.

  • La chapelle : Le domaine possède une chapelle seigneuriale, élément indispensable à la vie d’un comté sous l’Ancien Régime.

  • Le parc : Il conserve une structure de parc à la française avec de larges allées, dont l’allée d’accès qui reliait symboliquement le château au bourg de Saint-Bomer.

Du XVIIIe siècle à nos jours : transmission et préservation

Après la mort de Servien, le château passe par différentes mains. Au XVIIIe siècle, il reste une exploitation seigneuriale majeure avant que la Révolution française ne vienne supprimer les droits féodaux associés au comté.

Au XIXe siècle, le domaine est conservé par des familles de la noblesse (notamment la famille de Courtivron). Contrairement à beaucoup d’autres châteaux de la région qui ont été modernisés ou dénaturés, la Grève a conservé son caractère classique d’origine, évitant les ajouts néogothiques fréquents à cette époque.

Aujourd’hui, le château de la Grève est une propriété privée. Il reste le monument le plus imposant de Saint-Bomer, témoignant de l’époque où le petit village du Perche-Gouët était lié aux plus hautes sphères du pouvoir royal.

Sources et références

Cercle de Recherches Généalogiques du Perche-Gouët (CRGPG)
Fiche historique de Saint-Bomer (28)
Site de la commune d’Authon-du-Perche
Histoire du Perche-Gouët
Wikipédia : Article sur Saint-Bomer et l’architecture du château de la Grève.
Commune de Saint-Bomer (Eure-et-Loir)
Archives départementales d’Eure-et-Loir : Documents relatifs au Comté de la Grève et à la famille Servien (Série E).
Inventaire sommaire des Archives 28
Les références

Pour cette période, les sources sont essentiellement issues des fonds seigneuriaux et ecclésiastiques conservés aux archives départementales.

    • Fonds seigneuriaux : Les archives de la série E (Seigneuries, familles) des Archives d’Eure-et-Loir détaillent les droits et les possessions des familles locales du Perche-Gouët. Archives 28 – Série E.

    • Histoire du Perche-Gouët : L’ouvrage classique du Vicomte de Romanet, Géographie du Perche et théories sur l’origine de cette région (1890-1902), reste incontournable pour comprendre les cinq baronies. Accès Gallica.

    • Abbaye de Tiron : Le Cartulaire de l’Abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron, publié par Lucien Merlet, contient de nombreuses mentions de dons et d’échanges de terres dans les paroisses environnantes au XIIe siècle. Notice Gallica.

    • Architecture médiévale : Les fiches de l’Inventaire du Patrimoine de la Région Centre-Val de Loire sur l’habitat seigneurial et les manoirs du Perche. Plateforme POP.