Au VIe siècle, alors que la domination romaine n’est plus qu’un souvenir lointain et que les royaumes francs tentent de stabiliser la Gaule, le territoire de Saint-Bomer demeure une forêt profonde et mystérieuse.
C’est dans ce contexte de solitude absolue qu’apparaît l’homme qui donnera son nom à la commune : Bohémard, ou Bomer. Son installation marque le passage d’une terre sauvage à une terre consacrée, transformant un modeste ermitage en un centre de vie villageoise.
À cette époque, un mouvement spirituel puissant pousse de nombreux hommes de foi à chercher le « désert ». Dans le Perche, ce désert n’est pas de sable mais de feuilles. Bohémard, probablement issu d’une famille noble ou d’un milieu clerc, décide de s’enfoncer dans la forêt de Passais pour y vivre une vie d’ascèse et de prière.
Ce choix n’est pas rare dans la région : il suit l’exemple de grandes figures comme saint Avit ou saint Lubin, qui ont eux aussi évangélisé les marges du pays chartrain.
L’installation de Bohémard à l’emplacement actuel du village ne doit rien au hasard. Il choisit un lieu où l’eau est présente, mais où la forêt offre encore une protection contre les tumultes du monde. Sa vie est alors faite de privations, de travail manuel pour défricher un petit lopin de terre et de méditations solitaires. C’est cette réputation de sainteté, fuyant pourtant les regards, qui va paradoxalement attirer les foules et fixer la population.
La tradition hagiographique locale lie étroitement saint Bohémard à une autre figure majeure du Perche-Gouët : saint Ulphace. La légende raconte que les deux hommes, installés à quelques lieues l’un de l’autre, entretenaient une amitié spirituelle profonde. Ils se rendaient visite à travers les sentiers escarpés du massif forestier pour échanger sur les Écritures. Ces récits ne sont pas de simples contes : ils témoignent de la création d’un réseau monastique et érémitique qui a structuré le territoire bien avant l’administration seigneuriale.
On prête à Bohémard plusieurs miracles typiques de cette époque, souvent liés à la maîtrise de la nature. On raconte qu’il aurait apprivoisé des bêtes sauvages ou fait jaillir des sources pour désaltérer les pèlerins. Ces miracles symbolisent la domestication du paysage : là où régnait la peur de la forêt sauvage, le saint apporte la paix et l’ordre divin. Le nom de Bohamadus, au fil des siècles et des déformations linguistiques, devient Bomer, gravant ainsi l’identité du saint dans la phonétique même du lieu.
‘En cette année 1788, on a fait la translation d’une portion des précieuses reliques de St Bomer. Ce saint prêtre vivait dans le sixième siècle sous le pontificat de Saint Innocent, évêque du Mans. Il a prêché l’évangile du salut dans ce lieu. Il est honoré comme le second patron de l’église de Thorigné. La plus ancienne tradition conservée dans cette paroisse apprend que c’est St Bomer qui a fondé l’église et qu’il l’a dédiée à la Sainte Vierge, Mère de Dieu.
Il mourut le 3 novembre 537 dans une retraite qu’il s’était choisie aux sources de la rivière de Braye dans un lieu où on voit encore une paroisse dépendante du diocèse du Mans qui porte le nom de Saint Bomer. Son corps y fut enterré et y est resté jusqu’au IXe siècle, il fut enlevé et transporté avec celui de St Fraimbault dans une église collégiale de la ville de Senlis.
C’est de là qu’a été apporté l’ossement (tibia) qui est déposé dans une châsse de bois doré conservée dans l’église de Thorigné’
Le rayonnement de l’ermite est tel que des paysans commencent à s’installer autour de sa cellule pour bénéficier de sa protection spirituelle et de ses conseils. Ce qui n’était qu’un abri de fortune devient une petite chapelle en bois, puis un édifice plus solide. À la mort de Bohémard, son tombeau devient un lieu de pèlerinage. Pour accueillir les fidèles, on construit une église primitive, dont les fondations romanes actuelles sont les héritières lointaines.
C’est ainsi que naît la paroisse. Le bourg se dessine autour de l’édifice religieux, les maisons se serrant les unes contre les autres pour former le noyau urbain que nous connaissons. Ce passage de l’ermitage au village est crucial : il marque la fin de la période pionnière du défrichement pour entrer dans l’ère de la communauté organisée. Saint-Bomer n’est plus seulement un espace géographique, c’est désormais un lieu de mémoire et de foi, protégé par son saint patron.
La vie de saint Bohémard est documentée par les hagiographies anciennes et les études sur la christianisation du Perche.
Hagiographie officielle : Les Vies des Saints du diocèse de Chartres par l’abbé Chasles (XIXe siècle), qui compile les traditions médiévales. Consultable sur Gallica / BNF.
Recherche historique : Les Saints du Perche, ouvrage collectif publié par la Fédération des Amis du Perche, détaillant l’implantation des ermites au VIe siècle. Informations sur Amis du Perche.
Acta Sanctorum : Les recueils des Bollandistes mentionnent les saints locaux du Maine et du Perche sous leurs noms latinisés (Bohamadus). Accès via le portail Documenta Catholica Omnia.
Patrimoine local : L’inventaire général du patrimoine culturel pour la région Centre-Val de Loire, section église de Saint-Bomer. Fiches disponibles sur Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP).